Indonésie : Immersion au cœur du Pays Toraja

Par Chloé DecruyTeam TDMLe 28 05 2016

Le pays Toraja est une destination particulière. On ne décide pas de s’y rendre à la légère. La région est empreinte de solennité. Les visages sont sévères et les regards intenses. Situé au centre de l’ile de Sulawesi, en Indonésie, cette vaste région montagneuse est le théâtre de rites funéraires complexes et fascinants.

Le Tana (pays) Toraja est une région à la dimension dramatique, que ce soit les paysages ou les coutumes. Uniques, ils éveillent en nous un questionnement profond sur notre rapport à la Mort, à nos morts.

Une destination culturelle :

Les Torajas (littéralement les « gens d’en haut ») sont un peuple de cultivateurs longtemps restés à l’écart des grands courants d’échanges maritimes et commerciaux.

Initialement animiste, cette minorité ethnique indigène vit avec un système de croyances connu sous le nom de Aluk To Dolo, « la voie des ancêtres ». Selon eux, le mythe des origines parle d’ancêtres descendus d’un monde supérieur pour mettre de l’ordre sur Terre.

Mais de par leur isolement, les Torajas n’entrèrent en contact avec les Néerlandais (qui colonisèrent l’Indonésie dès le 17ème siècle) que vers la fin du 19ème siècle. Ces derniers, préoccupés par le développement de l’Islam au Sud de Sulawesi, virent dans les Torajas des chrétiens potentiels.

Aujourd’hui, l’identité culturelle des Torajas est toujours très forte, avec un mélange de rites ancestraux et de croyances chrétiennes.

Mais avant de partir à la découverte du pays Toraja, il est essentiel de comprendre de quelle façon la Mort fait partie intégrante de la vie. En effet, le défunt doit réussir sa mort et sa survie dans l’au-delà, ainsi il deviendra un dieu ou un ancêtre bienfaisant.

En pratique, les vivants honorent leurs défunts, mais œuvrent également tout au long de leur vie à préparer leurs funérailles…. Une fois mort, le défunt ne pourra accéder au Paradis qu’une fois la cérémonie funéraire ayant eu lieu.

Et il peut se passer parfois 2 ou 3 ans avant celle-ci…. Entre temps, le défunt, considéré comme « malade » (to masaki), est exposé dans la maison familiale. Il est régulièrement imbibé de formol pour être conservé.

Il faut beaucoup d’argent pour organiser une cérémonie funéraire, et plus le rang de la famille est élevé, plus il faudra que la cérémonie dure longtemps, et avec beaucoup de sacrifices. Car oui dans la tradition Toraja, le sacrifice de buffles et de cochons fait partie du rite funéraire, ils accompagnent le défunt dans l’au-delà.

Lors de ces cérémonies, la famille est logée dans les « tongkonans ». Ce sont des maisons spécialement construites lors d’un décès, toujours selon un axe Nord-Sud (pour que l’âme du défunt puisse s’en aller librement). Ces maisons, qui font la particularité architecturale de la région, ont des toits dont les extrémités remontent vers le ciel, faisant penser aux cornes de buffles.

Elles servent à héberger la famille du défunt tout le temps de la cérémonie, car celle-ci vient parfois de loin. Et, même si en kilomètres cela ne représente pas beaucoup, il y a peu de routes réellement praticables à travers la montagne, et c’est souvent à pied que les gens se rendent sur place.

Une fois les funérailles terminées, le mort est emmené dans son tombeau. Celui-ci est creusé dans la roche, toujours très en hauteur, pour échapper aux pillages, car, dans la croyance toraja, le défunt monte au ciel avec toutes ses richesses.

Des figurines en bois, appelées « Tau tau », représentant le mort seront hissées devant le tombeau, et ainsi les vivants pourront admirer leurs ancêtres…

Découvrir la région :

Rantepao, le centre économique de Tana Toraja, petite ville sans réel d’intérêt, avec son artère encombrée de « bemo », le tuk-tuk local, de camions transportant des buffles, et de ses centaines de motos, n’a pas beaucoup de charme…

Mais, il suffit de sortir de la ville pour ressentir tout le caractère de cette région !

Pour s’immerger totalement dans le pays et les coutumes des torajas, prévoyez de passer plusieurs jours à explorer ce paysage d’une beauté fascinante ! A pied avec un guide à travers les rizières en terrasses et les petits villages ou à moto sur des chemins pierreux…

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Vous pourrez également découvrir des sites où l’on peut encore voir les tombeaux perchés en haut des falaises, des reconstitutions de villages traditionnels (Lemo, Londa, Kete Kesu : ces 3 villages sont situés au Sud de Rantepao, facilement accessibles en bemo ou en scooter).

Au Nord de la ville cette fois, prenez un bus pour Batutumonga, d’où vous aurez une vue époustouflante sur cette jolie région.

Les mardis et jeudis, vous pourrez vous rendre au marché en bus, à l’extérieur de la ville. Vous pourrez alors assister à la vente de buffles et de cochons, essentiellement destinés aux cérémonies funéraires… et comprendrez mieux l’importance des buffles dans cette région, à la fois animal de travail pour les champs mais surtout symbole de la “valeur” du défunt (les buffles albinos étant les plus chers !).

Et puis, peut-être, au bout de quelques jours, si vous vous en sentez le courage et que vous êtes d’un naturel curieux, tentez l’expérience et assistez à une cérémonie funéraire !

La période des cérémonies se déroule entre juillet et septembre, et il vous faudra vous renseigner auprès des guides (généralement regroupés devant les hôtels) pour savoir s’il y en a une et si vous pouvez y participer. Prévoyez bien évidemment de payer le guide et la location de la voiture pour la journée, et de prévoir des offrandes pour la famille du défunt (sucre, cigarettes, café…).

Certaines cérémonies durent plusieurs jours, vous y verrez des danses traditionnelles, des combats de coqs (sport local) et les fameux sacrifices. Si vous avez l’âme sensible, nous vous déconseillons fortement d’y assister, c’est tout de même assez traumatisant de voir des dizaines d’animaux se faire égorger sous vos yeux (malgré la rapidité et le “professionnalisme” de l’acte).

Après la cérémonie, vous serez invité par la famille à partager leur repas, un délicieux riz noir accompagné de poulet, de porc ou de poisson cuit pendant plusieurs heures dans un bambou « frais » (le « Papiong )… Croyez moi c’est tout simplement délicieux !

Pour autant, si vous ne participez pas à une cérémonie, ce n’est pas grave, le pays Toraja a déjà beaucoup à offrir ! D’autant que même si les cérémonies funéraires sont le centre de cette société, il y a chaque année de plus en plus de touristes qui y participent et qui dénaturent quelque peu cette tradition ancestrale en y induisant un rapport mercantile…

Des conseils pour finir :

Situé au centre de l’île de Sulawesi, le pays Toraja est difficile d’accès. Prévoyez donc plusieurs jours sur place, et parfois même plusieurs jours pour vous y rendre.

En effet, il vous faudra une journée de bus depuis Makassar, la capitale de l’île, mais si vous arrivez du Nord de Sulawesi et des îles Togians, il vous faudra au mieux deux jours de voiture avec une nuit à Tentena (ravissante petite ville située près du lac Poso et qui mérite que l’on y passe quelques jours si l’on a suffisamment de temps en Indonésie).

Prenez le temps de choisir votre guide, discutez avec lui de ce que vous voulez voir, soyez sûr qu’il est de la région, qu’il connait bien les coutumes et les habitants.

Si vous décidez de visiter la région par vous-même, munissez vous d’une carte, car on se perd facilement sur ces pistes à travers la montagne !

Maintenant vous savez tout, alors partez à la découverte du pays Toraja !

A propos de l'auteur

Cet article a été proposé par Chloé Decruy, 34 ans

Dilettante, rêveuse et grande amoureuse. Lorsque je découvre le bonheur d'aller voir ailleurs cela devient alors une composante essentielle d'un équilibre de vie épanouie. Après un premier voyage d'un an et demi en Amérique du Sud en mode "exploratrice" qui marque définitivement ma vision du monde, je tente un retour à la normale dans un univers qui me semble désormais étriqué. Mais le voyage me rattrape et pour le réinvestir, je me reforme en tant qu'agent de voyage. Pas de boulot et le deuil de mon père à faire (lui qui faisait voyager mon imaginaire), m'amène à tout envoyer balader pour un "voyage thérapie" de 7 mois en Asie. Le continent du zen me séduit et me reconstruit. De retour dans une France qui a beaucoup à faire depuis quelques temps, je me suis lancé un nouveau voyage : celui d'être parent et de faire découvrir à mon bout d'chou une Terre qui a encore plein d'histoires à raconter !
Chloé Decruy, 20 voyages et 19 pays au compteur, a signé 12 articles sur TDM.
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